Réflexions sur le crise et la spiritualité

Encore un débat dans Le Monde de ce week-end auquel je n’ai pas tout compris. Mais dont il ressort de la matière à ruminer.

Il s’agit d’un dialogue entre les philosophes Slavoj Zizek (Slovénie) et Peter Sloterdijk (Allemagne). Ils parlent de la crise du crédit, du sentiment de déclin et de la peur de l’avenir qui traversent l’Europe, de l’individualisme, et de bien d’autres sujets.

J’archive ici quelques extraits sur la spiritualité dans la société.

Je propose d’introduire le pragmatisme dans l’étude des prétendues religions ; cette dimension pragmatique vous oblige à regarder de plus près ce que font les religieux, à savoir des pratiques intérieures et extérieures, que l’on peut décrire comme des exercices qui forment une structure de personnalité. Ce que j’appelle le sujet principal de la philosophie et de la psychologie, c’est le porteur des séries d’exercices qui composent la personnalité. Et quelques-unes des séries d’exercices qui constituent la personnalité peuvent être décrites comme religieuses.

Mais qu’est-ce que ça veut dire ? On fait des mouvements mentaux pour communiquer avec un partenaire invisible, ce sont des choses absolument concrètes que l’on peut décrire, il n’y a rien de mystérieux en tout cela. Je crois que jusqu’à nouvel ordre, le terme « système d’exercices », est mille fois plus opératoire que le terme de « religion » qui renvoie à la bigoterie d’Etat des Romains.

[…]

Je crois que les Européens ont tout simplement oublié ce que « religio » veut dire. Le mot, signifie littéralement « diligence ». Cicéron en a donné la bonne étymologie : lire, legere, religere, c’est-à-dire étudier attentivement le protocole pour régler la communication avec les êtres supérieurs. C’est donc une sorte de diligence, ou dans ma terminologie, un code d’entraînement. Pour cette raison je crois que « le retour du religieux » ne serait efficace que s’il pouvait conduire à des pratiques d’exercices intensifiés.

Peter Sloterdijk, Le Monde, samedi 28 mai 2011

Le réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein (1898-1948) a écrit un très beau texte sur le jésuite Ignace de Loyola (1491-1556), pour qui il s’agissait d’oublier Dieu, sinon comme quelqu’un qui a mis en place certains exercices spirituels. Ma thèse du retour au christianisme est très paradoxale : je crois que ce n’est qu’à travers le christianisme que l’on peut véritablement se sentir vraiment athée.

[…]

Je crois que la mort du Christ sur la croix signifie la mort de Dieu, et qu’il n’est plus le Grand Autre qui tire les ficelles. La seule façon d’être croyant, après la mort du Christ, est de participer à des liens collectifs égalitaires. Le christianisme peut être entendu comme une religion d’accompagnement de l’ordre existant ou une religion qui dit « non » et aider à y résister. Je crois que le christianisme et le marxisme doivent combattre ensemble le déferlement des nouvelles spiritualités ainsi que la grégarité capitaliste. Je défends une religion sans Dieu, un communisme sans maître.

Slavoj Zizek, Le Monde, samedi 28 mai 2011

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