juil 03 2009

Au coeur du Pérou en grève générale

A la télévision, le journal de 19h ne parle que du paro, la grève. Dans le nord, sur la côte, dans le centre, dans la région de Cusco… partout des routes bloquées et des campesinos en colère. On en a vu pas mal aujourd’hui, mais on ne savait pas que tout le pays était touché à ce point. Et on est en plein dans la gueule du loup : Andahuaylas, l’épicentre du paro, où nous apprenons que le premier ministre vient demain négocier avec les grévistes !

L’incurie du consulat

Les "carracoles" du dernier col à passer avant Ayacucho

On s’était renseigné avant de repartir de Cusco pour s’enfoncer dans le Pérou central ; un enchevêtrement de profondes vallées chevauché par de mauvaises pistes en terre. Mais au téléphone, le consulat de France nous avait donné les mêmes informations que celles trouvées dans la presse.

  • Oui, nous sommes au courant qu’il y a une grève et des bloqueos (barrages routiers). Mais concrètement, ça touche quelles routes, et quelles sont les manifestations à venir ?
  • Je ne sais pas trop… Vous êtes à Cusco vous dites ? Vous savez que nous avons une Alliance Française là-bas, nous proposons des sorties et des activités culturelles.
  • Ah… ok merci, au-revoir.

Sur Conseil aux voyageurs, les dernières infos dataient de plus de 15 jours, et ne parlaient que de la tuerie de Barga, pas du paro. Et notre mail à l’ambassade de France de Lima nous est revenu : adresse inexistante…

Les quelques cyclos arrivant à Cusco après avoir traversé le Pérou nous ont rassuré : il y a de nombreux bloqueos, mais les cyclistes passent sans soucis, et les grévistes sont très aimables avec les touristes.

Passage de bloqueo, mode d’emploi

Un exemple de "bloqueo"

C’est au cinquième jour qu’on a rencontré le premier. Après 2000 mètres de dénivelé sur piste, qui nous avaient coupé toute envie de faire demi-tour. On arrive donc sur site un peu nerveux. La moitié du talus a été pelletée sur la route, et d’énormes pierres complètent la barricade. Il y a là quelques collectivos et camions qui sont bloqués depuis on ne sait quand, et il y a surtout une cinquantaine de campesinos sur le barrage. Impressionnant…

On prend un air détendu, on sourie, et on s’approche en marchant à côté de nos vélos. On s’enquiert de la situation : depuis combien de temps vous êtes là, est-ce qu’il y a une chance que votre problème se solutionne, etc. Je me retrouve rapidement avec 20 personnes autour de moi, fascinées par mon vélo et a priori bien intentionnées, mais qui tripotent mon compteur, ma carte, mes roues… On fait toujours risette, en essayant de se trouver un allié dans la foule.

Et puis après 5 minutes, on nous invite tout naturellement à passer. On nous aide à soulever les vélos par-dessus les pierres, on nous fait de grands gestes d’au-revoir en nous souhaitant bonne route. Voilà, c’est passé, ouf ! Ce scénario se reproduira presque une dizaine de fois dans la journée, avec quelques variantes : des fois ce ne sont pas des pierres mais des arbres qu’il faut enjamber ; parfois il y a l’alcoolique du village qui se fait raisonner par ses collègues, parce qu’il veut jeter des pierres sur les gringos.

Andahuaylas, ville fantôme

Il y en a qui on moins de chance. Nous passons un col à 4000, à trois heures de vélo du dernier village. On rencontre une femme et ses deux filles de 15 ans. Elles sont à pied avec leurs valises à roulettes. Elles sont descendues du bus au dernier bloqueo et rejoignent Andahuaylas à pied. Nous y seront dans l’après-midi, elles peut-être après-demain… En attendant, elles ont passé la nuit abritées dans une maison en ruine, sans sac de couchage évidemment. On leur laisse tout notre pain et de l’eau, en leur souhaitant de trouver un camion pour les avancer.

On arrive à Andahuaylas fatigués nerveusement d’avoir fait risette toute la journée. Au début, on est très mal à l’aise, il y a quelque chose qu’on ne sent pas… Et puis on comprend : il n’y a aucun taxi, bus, voiture, mobylette. Tous les véhicules qui tentent de prendre la route sont poursuivis par les enfants qui leur lancent des pierres en criant paro, paro !. Les grilles des magasins sont à moitié baissées, pour pouvoir quand-même laisser passer quelques clients.

Un militant de la cause indienne arrangue la foule sur la plaza d'Ayacucho

Dans notre hôtel, il y a une réunion de femmes du quartier qui envisagent la suite du bloquage général : comment s’alimenter correctement si les magasins arrivent à bout de stock, comment contenir les enfants, etc.

A la télé, le ministre des transports indique les routes alternatives qui ne sont pas encore bloquées, et les passagers des bus grande-ligne se plaignent parce que les prix ont triplés, pour compenser le manque à gagner…

Sortie de secours

On décide de continuer, de toute façon on est au milieu de rien : Andahuaylas est à mi-chemin entre Cusco et Ayacucho. En sortant de la ville à 8h30, on entend l’hélicoptère de la police qui vient préparer l’arrivée du premier ministre pour les négociations. Et dans la montée, on croise de nombreux camions chargés de campesinos, drapeaux péruviens au vent, qui descendent pour la réunion.

Finalement, il semblerait que les belligérants aient trouvé un accord : dès midi, le paro était suspendu et les bloqueos ouverts. Quels ont été les termes de cet accord ? Pour nous, ça reste un mystère, on n’a rien compris à ce qu’en disait la presse. Mais la situation reste tendue, car les campesinos demandaient la tête du premier ministre, et il est toujours en poste.

De plus, tous les gens avec qui nous avons discuté pendant ces 10 jours dans le Pérou central se plaignent du président et de sa politique, qui délaisse les campagnes. Les opposants accusent le gouvernement de vendre toutes les ressources naturelles et touristiques péruviennes aux entreprises chiliennes.

Une nouvelle grève génerale est programmée aux alentours du 08 juillet. Cette fois, on sera loin de l’agitation, partis pour 10 jours de trek sur le tour de la Cordillère Huayhuash. Silence radio jusque-là, donc.

Banana split au-dessus de la plaza d'Ayacucho
Ayacucho : ouf, on est passé !

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juin 20 2009

Premiers jours dans les montagnes péruviennes

Publié par Maribambel dans Non classé

En images cette fois !

Nous avons quitté Cusco, et partons cette fois droit dans les montagnes ! Le programme initial était plutôt de rejoindre la côte, mais plusieurs cyclos rencontrés sur la route nous ont motivé à continuer vers le nord. Dur, beaucoup de dénivelée, mais ça vaut le coup ! Pour l’instant on est pas déçus…

Les montagnes peruviennes
Pas plus de 50 km après Cusco, on se retrouve déjà en pleine campagne ! Les paysages nous font souvent penser à ceux des hautes alpes, les champs de kinoa en plus.
En quittant Cusco
Et oui, Boris est en forme aussi !

Quelques kilomètres après Cusco
Des paysans frappent des plants de kinoa pour récupérer les graines (enfin, de ce qu’on a compris !)

 

Pic nic avec les hollandais
Comme prévu, on retrouve un couple de hollandais motards sur la route vers Abancay. ça tombe bien, midi, l’heure de pic niquer ! On a aussi avec nous Hans, Suisses allemand, 52 ans, fermier, et sur la route pour un an !

Camping entre les vaches et les cochons
La nuit tombe, il faut vite trouver une ferme pour nous acceuillir ! Au pérou, il faut mieux demander un bout de jardin, de champs aux paysans, pour plus de sécurité. Pour cette nuit on est servis ! 4000 m, gros froids, et on campe à côté des vaches. Au fond, derrière les vélos, c’est l’enclos des deux cochons. Ambiance !

C’est décidé on continue dans les montagnes !

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juin 18 2009

On fait tous les mêmes photos…

Publié par Bob dans Amerique du Sud 09, Photo

On fait tous les mêmes photos...

Qu’est-ce qui nous pousse, au fond, à refaire à la chaîne tous les mêmes photos, qu’on a vu par centaines ? Des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c’est nous qui l’a fait, c’est pas la carte postale. Les photos de voyage à l’autre bout de la terre, les mêmes paysages, des mêmes belvédères.

Qu’on les range en vrac, qu’on les colle au mur, au fond d’un portefeuille ou dans un disque dur, au fin fond de la Creuse, à Paris 16ème, on prend les mêmes poses, nos photos sont les mêmes ! Qu’on soit le frère, la soeur, les parents, la tante… toujours les mêmes photos, mates ou brillantes, des images inutiles sur toutes les vieilles pierres : le Mont Saint-Michel, et les épices du souk du Caire*.

… et le Machu Picchu, donc. Veni vedi, sans le vici, avec la satisfaction d’avoir échappé au racket.

Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin

C’est sous un fin crachin et au petit jour que l’on grimpe les 300 mètres de dénivelé des escaliers qui mènent aux ruines extirpées de la jungle au début des années 1900. On découvre le site dans la brume qui remonte des vallées qui le cernent. Ambiance garantie, et appuyée par le mystère du Machu Picchu : plusieurs théories ont été émises pour expliquer la situation reculée et haut perchée de l’ancienne ville inca, mais aucune n’a été validée.

On a passé une bonne demi-journée au milieu des pierres et sur le Huayna Picchu, le sommet voisin qui offre un superbe point de vue sur la ville et les profondes gorges alentours. Certes, il y a beaucoup de monde, mais ça vaut vraiment le détour, on a été beaucoup plus impressionnés que ce à quoi on s’attendait.

Et au final, comme tout le monde, on a pris la vue d’ensemble du site avant de sortir… J’hésite pour le tirage : mat ou brillant ?


Bénabar, Les épices du souk du Caire.

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juin 17 2009

Visiter le Machu Picchu en évitant le racket institutionnalisé

Publié par Bob dans Amerique du Sud 09

Autrement dit, sans payer les 100 dollars du train qui relie Cusco à Agua Calientes, au pied du Machu Picchu… En tout cas, voici quelques bons plans pour visiter le Machu Picchu pour pas cher, en trois jours.

  1. Se rendre au terminal de bus Quillabamba (quartier Santiago), et prendre le bus qui va à Quillabamba. Départs à 6h30, 8h15, 10h30 et 13h00. Attention, ce sont des horaires péruviennes, le départ peut glisser d’une heure… Compter environ 5 heures de bus jusqu’à Santa Maria (route montagneuse superbe) où vous descendez. Prix à négocier : environ 15 soles.
    (Note : notre bus est parti à 9h00, et nous sommes arrivés de nuit à Agua Calientes.)
  2. De Santa Maria, prendre un collectivo pour Santa Teresa, puis jusqu’à hydroelectrica. Compter 1 heure jusqu’à Santa Teresa, 1/2h de plus pour hydroelectrica. Sinon, de Santa Teresa à hydro : 2 heures de marche. Prix à négocier, environ 10 soles jusqu’à hydro.
  3. Pour aller à Agua Calientes, on marche 2 heures le long des rails

  4. Depuis hydroelectrica, marcher le long des rails pour rejoindre Agua Calientes. Après environ 2h de marche, vous arrivez à la petite gare de Puente Ruinas. Rejoindre la route qui part juste en dessous de la station : sur la voie ferrée, il y a des tunnels plus loin, danger de mort. Depuis hydro, compter 2h30 jusqu’à Agua Calientes, difficilement compressibles.
  5. Achetez votre billet d’entrée à l’office du tourisme sur la plaza. Le bureau ferme à 22h, et le billet coûte 124 soles. A l’entrée du site, vous ne pourrez pas acheter de billet.
  6. Le lendemain, ressortir d’Agua Calientes par où vous êtes entré, et arrivé à Puente Ruinas, attaquer la montée vers le Machu Picchu à gauche. Suivre les petits panneaux pour trouver les escaliers qui coupent la route en lacets empruntée par les bus. Compter 1h30 depuis l’hôtel.
  7. Au total, à peu près 215 soles pour les trois jours, en comptant l’hôtel et l’entrée aux thermes (voir plus bas), soit environ 70 dollars (le prix de l’aller simple par le train touristique…).

Quelques tuyaux

Prenez une lampe frontale, pour la montée matinale au Machu Picchu, et pour l’éventuelle arrivée de nuit à Agua Calientes.

Bonne adresse pour dormir à Agua Calientes : l’hôtel Veronica, rive gauche du torrent, au-dessus du marché touristique et de la gare, en face du stade de foot. 15 soles la nuit. Il y a également des épiceries pas trop chères dans ce coin, et un comedor chinois de l’autre côté du pont.

Mystères du Machu Picchu

Le site ouvre à 6h00. Si vous voulez pouvoir monter au Wayna Picchu, joli point de vue sur les ruines, mieux vaut ne pas arriver trop tard : seuls les 400 premiers peuvent monter. Donc quand vous entrez, traversez les ruines sans perdre votre temps pour aller faire numéroter votre ticket. Vous pouvez choisir de monter à 7h ou à 10h, mais vous pourrez toujours essayer de vous glisser entre ces horaires.

Pour les photographes

Si le ciel est dégagé, vous pouvez monter dès le matin sur le chemin qui part au-dessus de l’entrée du site. C’est de là-haut que les photos “officielles” ont été prises, et vous aurez le soleil levant plus ou moins dans le dos.

Vous pouvez monter plus tard au sommet du Wayna Picchu, pour éviter le contre-jour du levant. S’il pleut ou que le ciel est tout bouché, ne vous désespérez pas, c’est monnaie courante. Nous avons fait toute la montée sous la pluie, et avons trouvé le soleil à 11h au sommet du Wayna Picchu.

Voyage photo au Machu Picchu

Le retour

Vous trouverez sans problème un taxi pour vous ramener d’hydro à Santa Teresa puis Santa Maria. Attention cependant à ne pas arriver à hydro après la nuit.

Depuis Santa Maria, il peut être problématique de trouver de la place dans les bus qui remontent de Quillabamba pour Cusco (aux alentours de 10h et de 14h). A l’aller, essayez d’acheter un billet retour dans l’une des deux petites agences à Santa Maria avant d’embarquer pour hydro.

Étape intéressante : un peu à l’écart de Santa Teresa, il y a des thermes à ciel ouvert. L’entrée coûte 10 soles, et c’est ouvert 24/24h. On peut même y camper. Vous pouvez y passer sur le chemin du retour, voire y passer une nuit si vous voulez ajouter un 4e jour à l’expédition. Il y a également des hôtels à Santa Teresa.

Le Machu Picchu vu depuis le sommet du Wayna Picchu

Au final, c’est une sympathique petite aventure dans les montagnes et la jungle péruvienne, à vivre entre amis :-) Nous avons fait cette expédition avec Adeline, Benjamin et Hans, c’était très agréable, et en plus plus facile pour négocier les prix !

Voir toutes les photos de notre expédition au Machu Picchu.

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juin 08 2009

Blagues boliviennes

Publié par Bob dans Ailleurs, Amerique du Sud 09

Maintenant qu’on est entré au Pérou, je peux me permettre… :-)

Voleurs de poules

La blague qui nous a le moins fait rire…

Comedor du lac Titicaca : truite, truite et truite :-)

On déjeune dans un comedor (truite, riz et patates). On en a pour 30 bolivianos, je paye avec un billet de 100. On est en train de digérer sur un banc quand 10 minutes plus tard, la femme qui tient le comedor vient nous voir : elle a perdu le billet de 100, elle se demande si on ne l’a pas repris… Porte-monnaie ouvert à l’appui, on lui démontre que non, nous ne sommes pas des voleurs.

Trois épingles au-dessus du village (parce que oui, ça monte…), elle nous rattrape en taxi. Elle n’a toujours pas remis la main sur le billet, et l’homme qui mangeait en face de nous lui a affirmer qu’on l’avait repris !

Elle pleurniche, puis s’énerve, on s’explique. Finalement, on trouve un mauvais compromis, moitié-moitié : on lui lâche 50 bolivianos. On repart avec un goût amer dans la bouche : on s’est fait traiter de voleurs, mais en même temps, 100 bolivianos pour elle, c’est beaucoup.

Finalement, gageons qu’elle a fini par retrouver le billet sous une caisse dans son stand. Elle a juste oublié de reprendre le taxi pour nous rendre les 50 bolivianos de surplus…

Les bronzés sur l’Isla del Sol

La bateau nous lâche à 15h sur l’île du soleil. Le temps d’aller visiter les ruines incas et de trouver un logement sympa avant le coucher du soleil.

Vacances en Grèce... heu, au lac Titicaca

Le lendemain, on traverse l’île à pied, une jolie balade de 4h. Arrivés à l’autre extrémité, on déjeune en terrasse et on paresse au soleil. Puis on s’inquiète de savoir s’il y a des retours pour Copacabana plus tôt que celui prévu à 17h. La douche froide : l’unique retour depuis cette partie de l’île était à 13h30… On n’avait même pas vérifié les horaires !

On est donc coincé sur l’île une nuit de plus. Heureusement que notre avion n’est pas demain à La Paz ;-)

On n’est pas là pour se faire engueuler

Après l’overdose de poulet-riz-patates, l’unique menu des comedors boliviens, on est content de trouver de la truite au bord du lac Titicaca (accompagnée de… riz-patates). Ce soir, on en essaye une cuisinée à la plancha avec de l’ail. Délicieux.

Et puis après, on prendrait bien un dessert. Dans le menu pour lequel on avait hésité, ils proposaient des bananes au chocolat. Marie demande à la serveuse :

  • On peut avoir un dessert ?
  • Non, il n’y a pas de desserts.
  • Ben… dans le menu vous proposez des bananes au chocolat…
  • Oui, mais c’est dans le menu, et vous n’avez pris qu’un plat.
  • Bien sûr, on va payer pour ce dessert.
  • Non, le dessert, c’est uniquement dans le menu.

Et deux minutes plus tard, elle apporte leurs bananes au chocolat à nos voisins qui avaient choisi, eux, le menu.

On a maintenant quitté la Bolivie, et leur sens du commerce reste pour nous un mystère… Heureusement, on avait du Toblerone dans notre sac ;-)

Patisseries boliviennes
On veut du dessert !

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juin 06 2009

Coca, evo-lution et propagande

Publié par Bob dans Ailleurs, Amerique du Sud 09

Autant le maté était l’institution en Argentine, autant ici, c’est la feuille de coca. Oui, celle qu’on utilise pour faire de la cocaïne… La culture et la consommation des feuilles sont parfaitement légales en Bolivie. Evo Morales, le président bolivien, a repris à son compte le slogan “coca si, cocaïne no”.

Tous les gens qui travaillent dehors prennent de la coca: On met 10 à 15 feuilles dans la bouche, on les cale dans un coin, ce qui vous fait une joue de castor, et on laisse la salive drainer les vertus énergisantes, coupe faim, coupe froid et coupe douleur, pendant des heures. Combien d’ouvriers, d’agriculteurs, de militaires, d’artisans… avons nous croisé avec cette boule caractéristique derrière la joue !

Le problème de la coca c’est que :

  1. on ne comprend pas la moitié de ce que vous dites, parce que vous n’avez plus de place pour articuler
  2. ça pourri les dents, qui deviennent noires et qui tombent
  3. à trop forte dose, ça tape ; on en a vu beaucoup abrutis de coca, les yeux rougis et le cerveau au ralenti.

Du coup, nous qui nous étions dit qu’on essayerait (ça marche aussi contre les effets de l’altitude) pour faire les malins devant les copains, on a renoncé…

Evo, ancien cultivateur de coca

Evo Morales, le président bolivien est lui même un ancien cultivateur de coca, issu d’une des ethnies indigènes qui peuplent les campagnes boliviennes. Cette double origine, cultivateur et indigène, a grandement joué en sa faveur lors de l’élection présidentielle de 2005.

T-shirt politique bolivien

Depuis, il mène une politique radicalement sociale : école gratuite, développement du réseau d’eau potable, création d’un système de retraites, attribution de terres aux paysans indigènes… Ce qui lui vaut l’adoration de ces derniers. Dans les campagnes, comme le racontait Marie, les peintures pro-Evo sont légions. A La Paz, on trouve même des t-shirt titrés evo-lucion avec la tête de Morales.

La Bolivie change, c’est une évidence. Ramon, qui était déjà venu faire du cyclo-tourisme ici il y a deux ans, en témoigne. Plus de routes bitumées, plus de réseaux de télécommunication, des chantiers en cours partout…

Un modèle fasciste ?

Vue depuis la France, la politique “moralesque” est très progressiste. Vue de l’intérieur, elle est loin de faire l’unanimité. Evo Morales semble en vouloir à ceux qui ont de l’argent. Cet avocat de Sucre, ces commerçants de Cochabamba, ce consultant en écologie de La Paz… Ils parlent très facilement de politique aux étrangers, et dénoncent une politique manichéenne.

Rodriguo, rencontré à l’entrée du salar de Uyuni, parle carrément de modèle fasciste : une politique simpliste et ultra-populiste, fondée sur le culte du leader.

Tag anti Evo Morales

Au moment où nous étions à Cochabamba, une affaire de terrorisme faisait la une des journaux : les membres d’un groupuscule accusé de vouloir assassiner Morales avaient été arrêtés. Et Morales accusait publiquement les leaders de l’opposition de les avoir recruté, autrement dit, d’être des terroristes !

Mais la presse ne semble pas marcher, on a lu beaucoup d’editos très critiques. Au moment de quitter La Paz, la dernière déclaration d’Evo faisait la une : “les journalistes sont des poules mouillées, je les considère comme une force d’opposition”…

Qu’il est compliqué, ce pays, avec son passé à rebondissements et sa diversité ethnique !

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mai 29 2009

A chacun son tour

Publié par Bob dans Amerique du Sud 09

Il faut dire que Marie, elle, l’avait bien cherché. En même temps, c’était difficile de refuser ce verre de chicha cochabambina offert par les villageois pendant que j’achetais des bananes. Deux gorgées de cette fermentation de maïs et 4 heures de digestion ont suffit à nous faire monter dans un bus, pour couvrir les 200km qui nous séparaient de La Paz.

J’apprends en m’amusant

Remarquez, ça nous a permis de découvrir d’autres facettes de la Bolivie : un petit séjour forcé (en attendant le bus) dans le charmant village de Caracollo, sorte de station service géante pour les routiers qui traversent l’altiplano, au repos dans un coquet alojamiento sans douches ni chasse d’eau… Je plaisante, mais comme ça au moins on aura testé les bus boliviens, qui ont des soutes tellement grandes que j’y ai logé mon vélo debout avec ses sacoches en place !

La Paz, calle Santa Cruz

On aura également pu écouter, avec incrédulité d’abord puis avec intérêt, le représentant d’un magasin naturista de la capitale, qui a pris la parole dans l’allée pour donner des conseils élémentaires d’hygiène : ne pas boire l’eau du robinet, se laver les mains avant de cuisiner, se brosser les dents, etc.

La capitale qui fait les cuisses

La capitale bolivienne s’est développée dans un grand canyon qui se creuse à la lisière nord-est de l’altiplano. On y entre par le haut, par El Alto. Vue imprenable et saisissante sur toute la ville, qui s’écoule de 4000 à 3600 mètre d’altitude : les quartiers populaires en terre rouge sur les hauteurs, les buildings du quartier d’affaires, les places du centre-ville, et le boulevard du prado qui fend sur toute sa hauteur cette nuée de constructions enchevêtrées.

Encore une coupe glacée chez Dumbo !

Deux nuits de repos dans un hôtel paceña* ont suffit à remettre Marie d’aplomb. On a alors enchaîné sur une de ses idées pour nous dégourdir les jambes : tenter l’ascension du Huayna Potosi, un sommet de 6000m aux portes de La Paz.

Les salsichas c’est dégueulasse

Le surlendemain, nous voilà donc en train de monter vers le refuge, perché à 5300m d’altitude. On est entraînés, pas de doute là-dessus, mais par-dessus tout on est parfaitement acclimatés. Le mal aigu des montagnes devrait donc nous épargner.

Le mal des montagnes, oui, mais les saucisses du cuistot, non… Dès les premiers lacets du sentier, les salsichas trop grasses servies pour le déjeuner au camp de base se rappellent à mon bon souvenir. Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, il n’y a que 600m de dénivelé jusqu’au refuge. Avant de se coucher (à 18h, pour un lever à 1h du matin), une infusion de feuille de coca, et demain il n’y paraîtra plus…

6088m !

La tête de Bob au refuge !

Le guide nous réveille à 1h du matin, comme promis. Aucun regret, aucune déception : ça fait 7 heures que j’agonise et frissonne de fièvre dans mon duvet. Je ne pense même plus au sommet, je ne rêve que de notre chambre d’hôtel, d’une douche brûlante et de paracétamol.

Plus que 7h30 à patienter, le temps que Marie se promène tranquillement jusqu’aux 6088m du sommet, en souffrant vaguement du froid et du manque d’oxygène :-) A la descente, elle croise les autres cordées, qui toussent, crachent, vomissent, voire s’affalent dans la neige à chaque pose. Il faut dire que la plupart des clients ne sont en Bolivie que depuis deux ou trois jours, autrement dit ils ne sont absolument pas acclimatés.

Marie au sommet du Huayna Potosi.
Je vous épargne le détail des 3 heures de descente titubante pour rejoindre le camp de base (contre 1h en temps normal), avant de rejoindre la voiture salvatrice du retour en ville : la Paz, ses chambres d’hôtel, ses douches brûlantes, ses échoppes de paracétamol…


* de La Paz

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mai 20 2009

Une journée dans la campagne bolivienne…

Publié par Maribambel dans Non classé

Bye Bye Sucre

( ses chocolats, ses fruits exotiques, son cinéma…)


7h30 : On s’offre un petite déjeuner copieux dans le patio de l’hôtel : avoine quakers au lait, avec des morceaux de kiwis et de fraise pour faire “comme sur le paquet”.
8h. ou plutôt 8h30 : Top départ ! on quitte Sucre, dans une bonne montée. On nous avait prévenu, c’est super vallonné : ca monte, ca descend… On est plus très exigeants maintenant, du moment qu’on a du goudron, on est contents!
10h : Permière petite pause grignotage. A cette heure, Ramón doit quitter l’hotel : il a pris l’habitude de partir plus tard, et nous rejoint pour la pause pique nique. Il faut dire qu’il fait du vélo de compet, et roule un peu plus vite que moi. C’est presque vexant desfois, il fait en 2h ce que je fais en 4h !
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Evo Morales, intarrissable sujet de conversation

13h : on s’arrête pour pique niquer un peu a l’écart de la route, tout près d’un ruisseau. Au menu : pain sauce tomate, thon, banane, chocolat.

A peine installés, on reçoit une première visite, celle de Pablo, avocat a Sucre. Il passait par là avec son 4×4, pour rejoindre sa maison de vacances.
Evo Morales… “Les gens qui ont voté pour lui sont les analphabètes. Il n’y en a que pour les communités indigènes, ils montent les riches contre les pauvres…”
Rodrigo, consultant en développement durable rencontré 3 semaines plus tôt, parlait lui carrément d’un gouvernement fasciste.
La crise… “Ici les gens ne voient pas vraiment la différence. De toutes façons, ils sont pauvres, donc ça ne peut pas changer grand chose pour eux, ils mangeront toujours des patates et du maïs. Pour vous, en Europe, c’est différent : vous gagniez peut être 1000$, et maintenant vous n’avez plus que 500$ par mois, vous pouvez vous acheter moins de choses…”
Oui… On gagne peut être un peu plus, et en France, on a un super système, ça s’appelle le chômage…
Le foot… “Vous avez un super président vous, Sarkozy !! Chirac aussi il était bien, il est intervenu pour que les qualifications de la coupe du monde se déroulent à la Paz, beaucoup d’autres pays étaient contre à cause de l’altitude!”
Ah bon ??

C’est ensuite un paysan qui nous rend visite : il fait des allez retour avec sa brouette pour remplir un bidon de 50 litres d’eau. Il va en faire une dizaine, pour récupérer au total 500 litres d’eau pour ses 1000 poulets. L’eau potable n’est pas encore courante dans les campagnes.
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15h : on reprend la route !

Rencontre nocturne…

16h : Il est temps de chercher un endroit pour dormir. On s’y prend tôt, la route sillonne à flanc de montagne, et il n’y a pas beaucoup d’endroits plats. On finit par trouver un coin un peu caché, pas très loin d’une petite maison.
18h30 : Boris fait chauffer de la soupe et du riz, et on mange à la tombée de la nuit !
20h30 : Après un peu de lecture, dodos, avec les poules ! Le grand air et l’effort nous fatiguent, on tombe souvent de sommeil.
23h : Ramón éteint les feux dans sa tente, après avoir regardé un film sur son notebook (un vrai geek !)
23h15 : Le paysan de la ferme d’à côté se pointe ! Il avait attendu qu’il n’y ait plus de lumière pour venir. “Je viens voir qui vous êtes… On sais jamais, pour pourriez être des mauvaises gens, venir pour nous voler notre nourriture…”

Sur le coup, il nous fait un peu peur. En réalité, c’est nous qui impressionnons les locaux plus que l’inverse ! Il venait juste pour qu’on le rassure. “On est juste la pour une nuit, ne vous inquiétez pas, on fait du vélo, on va vers Cochabamba…” Et le vieux repart rassuré. Le lendemain matin, il revient nous voir avec un bol de mais et de patates, et nous fait de grand signe en nous souhaitant bon voyage !

Bilan de la journée :

50 km. 6h de vélo, plus de 1000m de denivelée.
Rencontré sur la route :
2 petits vieux portants des fagots. Plein de gens dans les villages, accompagnant leurs troupeaux de chèvres, au loin des paysans labourant leurs champs.
Un groupe d’enfants qui sort de l’école et nous courre après.
environs 50 chèvres, 15 cochons, 5 ânes.
5 camions, 6 voitures.
Sur la route de Cochabamba

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mai 12 2009

Evo Cumple…

Publié par Maribambel dans Non classé

Evo [ Morales] réalise…

Evo Cumple...

On dirait que depuis la nouvelle constitution, Le Président Bolivien s’est lancé dans un programme de grands travaux. Tous les panneaux que nous rencontrons dans l’entrée des villages l’indiquent. Et on ne compte plus les sections de routes en chantier !

Ce qui est sympa, ici, c’est que quand ils refont une route, ils ne font pas semblant : il retournent tout sur plusieurs dizaines de kilomètres. Lors de notre 1ère journée de vélo entre Uyuni et Potosi, on a bien compris ! ( Voir les photos).

Quand Boris est passé sur une section toute embourbée, le vélo et le dos plein de boue après une petite glissade sur un passage mouillé, un des ouvrier a éclaté de rire ! Très joviaux les boliviens.

Enfin, Evo, si tu nous lit, si tu pouvait juste attendre qu’on soit passés pour envoyer tes bulldozers ! Merci :)



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mai 09 2009

En mai, dit (et fait) ce qu’il te plait

Publié par Bob dans Grenoble

(Note : si vous venez ici pour suivre le voyage de Bob et Maribambel, vous pouvez sauter ce billet, c’est un intermède Grenoblois)

Marc Baïetto est maire de la commune d’Eybens, chargé des dossiers Transports à la Métro, des dossiers Déplacements au conseil général, et président du Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’agglomération grenobloise. Je ne connaissais pas ce monsieur, pourtant on peut dire qu’il gère des dossiers capitaux pour l’avenir de Grenoble et ses environs.

L’Association pour le Développement des Transports en Communs de Grenoble a attiré l’attention de ses membres sur une interview de Monsieur Baïetto, dans le journal de référence de l’agglomération Grenobloise : j’ai nommé l’irrévérencieux hebdomadaire d’investigation Grenews (oui, c’est de l’humour…).

Je vous en livre deux extraits :

  • S’ils ne sont pas des imbéciles, et s’il y a un changement dans le rapport à la voiture, les écologistes, qui ne veulent pas entendre parler de la rocade Nord, n’ont-ils pas, pour le coup, raison avant les autres ?
  • La réalité, c’est que depuis 50 ans, on a construit la ville sur la voiture, qu’on l’a étendue avec les autoroutes… La réalité, c’est que la ville ne vit qu’à travers des déplacements individuels. La ville-village de la marche à pied, du vélo, c’est terminé. Aujourd’hui, on vient de Beaurepaire pour travailler à Grenoble tous les jours, on est sur des niveaux de déplacements qui ne peuvent pas trouver une réponse dans le transport public. C’est un fait: le transport public a ses limites. Un tramway, on commence à en parler intelligemment à 35 000 usagers par jour. Il commence à s’équilibrer économiquement à 50 000. Il couvre tous ses frais à 80 000. En-dessous, c’est du luxe ! Le bus a aussi sa limite de pertinence. Faire rouler un bus de 100 places pour transporter dix personnes…
  • Pourquoi pas un Vélib’ à Grenoble ?
  • Si on a de l’argent à mettre dans du vélo, il faut le mettre en prolongation des systèmes de transport que nous avons. Je crois dix fois plus à l’efficacité d’un parc vélos le long des arrêts du tram sur le campus, pour prendre un exemple, que dans le centre-ville où on a du transport à tous les coins de rue.

De notre côté, nous sommes à Sucre, où les Boliviens klaxonnent à tout bout de champs pour avancer de 10 mètres toutes les 5 minutes…

Plus ça va, et plus on se dit que la voiture en ville est une ineptie : on se remémore Londres, où le centre est payant pour les véhicules individuels ; on discute avec Ramon de Barcelone, où il y a un projet de voie d’entrée dans la ville réservée au co-voiturage ; on repense à cet article sur l’écoquartier de Fribourg

Bref, on rêve de projets courageux et porteurs de progrès, et on se dit que notre ville est une terre d’élection pour ça. Cette interview, c’est un peu la douche froide…

L’intégralité de l’interview sur le site de Grenews.


NB : petite note positive, la Fédération des Usagers de la Bicyclette a décerné le Guidon d’or 2009 à la ville de Grenoble, saluant ainsi l’ouverture de 10km de “double-sens cyclables” dans les rues à sens unique du centre ville :-)

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