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Archive for avril, 2009

Paso de Jama : on a mangé notre pain blanc

Fini les cafés en terrasse sur la plaza, les routes bucoliques, les dégustations de vin… Cap sur le Chili puis la Bolivie, avec la traversée de la Cordillère par le Paso de Jama. Bonjour route en lacets, dénivelée, altitude, bivouacs…

On commence par une surprenante liaison entre Salta* et Jujuy. On s’attendait à une autoroute, en fait celle-ci contourne les montagnes par lesquelles nous passons. Et on se retrouve quasiment seuls sur une petite route qui serpente à travers une véritable jungle !

La jungle entre Salta et Jujuy

De Jujuy, on remonte la quebrada de Huamarca sur 1000 mètres de dénivelée, jusqu’à Purmamarca, la montagne aux 7 couleurs. Les choses sérieuses commencent : 2000m de dénivelée sur 35km, afin de monter sur l’altiplano que traverse la frontière Chili-Argentine. On bivouaque dans une épingle à 3500m d’altitude, pour s’acclimater doucement. Ambiance étrange avec les camions qui descendent au frein moteur dans la nuit brumeuse.

"Los carracoles", de 2000m d'altitude a 4170m !

Puis c’est notre premier passage à plus de 4000m, et la descente glaciale vers les Salinas Grandes. On hésite un peu : « vous savez, on va vers Uyuni, le plus grand salar du monde ; alors votre flaque de sel… » :-D Évidemment, on s’arrête pour profiter de ce décor sur-réaliste. Puis ce sont de longues lignes droites sur l’altiplano. Le blanc infini des Salinas Grandes derrière, des montagnes à 6000 devant. Des touffes d’herbes jaunies battues par le vent à perte de vue, et les nuages qui moutonnent. On roule dans une carte postale de l’Amérique du Sud, excités comme des gamins.

Salinas Grandes

Bivouac à 3900m, puis la route serpente, remonte et redescend, contourne encore cette falaise, avant d’arriver enfin à Susques, petite ville au milieu de rien. Tous les camions qui passent le col s’y arrêtent pour faire le plein, nous aussi : énormes salade et morceau de viande au restaurant. Après Susques, dernier site touristique argentin avant la frontière, il y a juste assez de circulation pour assurer la sécurité en cas de pépin.

Attention, llamas !

Bivouac magique au-dessus du Salar d’Olaroz éclairé par la pleine lune. De l’autre coté de la mer de sel, les quelques habitations éclairées ressemblent à des phares sur la côte.

Dernière journée très sauvage pour rejoindre le poste frontière. On passe ce dimanche de Pacques à 4200m d’altitude. Le vent tourbillonnant qui se forme dans la plaine de Jama essaye de nous empêcher d’atteindre la douane… Jama est aujourd’hui un vrai village, avec une station essence, un motel en instance d’ouverture et des douaniers sympas comme une porte de prison. Ils ne veulent pas qu’on campe : « s’il vous arrivait quelque chose, ce serait de notre responsabilité »… Le gérant du motel accepte de nous laisser squatter une chambre sans meubles.

Squat d'un motel en cours de finition a Jama

On passe au Chili. Toutes les montagnes se sont chargées de neige pendant la nuit. Le col-frontière est donné à 4320m, mais ça continue de monter après. On longe un nouveau salar, réserve de flamands roses. La route devient si raide que l’on doit zigzaguer pour compenser l’absence de lacets ! A 17h, on atteint le point le plus haut : 4825m !

Apres le paso de Jama, ca continue de monter...

Il est temps de perdre de l’altitude si on veut passer une nuit correcte… 4500m, on n’ira pas plus bas. Nuit quasiment blanche pour moi. Au matin, la tente est couverte de givre, dehors comme dedans. Dernier jour avant San Pedro de Atacama. On remonte à 4800m, puis la route ondule indéfiniment. Le froid et la fatigue commencent à peser.

Le soleil est la, on leve le bivouac. 4500m d'altitude !

On aperçoit furtivement ce qui sera notre prochaine étape : la Laguna Verde et le désert du sud Lipez, derrière le volcan Licancabur. En attendant, on descend se reposer à San Pedro. Les Chiliens sont fous : la route est quasiment toute droite, il n’y a aucune épingle dans la descente. Par contre, une « pista de emergencia » tous les kilomètres, ainsi que plusieurs carcasses de camion sur le coté…

Deux milles mètres de descente, qu’il faudra bien remonter d’une manière ou d’une autre pour entrer dans le sud Lipez. San Pedro de Atacama, amas d’hotels et de restaurants pour touristes étrangers, au milieu du désert. Peu importe, on se repose là trois jours, avant de s’atteler aux pistes qui serpentent entre les lagunas jusqu’à Uyuni. Chaque chose en son temps…


* Salta, ville excécrable qu’on quitte sans regret. Son seul intéret : le « Solar del Conviento », un restaurant dans lequel on a goute au meilleur boeuf qu’on ai jamais connu.

Un bref apercu de ce qui nous attend pour la prochaine étape

Joyeuses Pacques !

Petit passage à la bicicleteria…

Cafayate, quelque part dans le nord de l’Argentine…

Depuis qu’on a quitté Belen, on voit de plus en plus de grafiti « non à la mine » sur les murs. Au village de Pituil, de grandes fresques colorées sur les murs illustrent l’hostilité des locaux à l’exploitation des mines d’or par les canadiens.

C’est à Cafayate, à l’occasion d’une révision de nos vélos et d’une leçon de réglage des dérailleurs à la petite « bicicleteria » du coin, qu’on saisit l’occasion d’aborder le sujet avec un argentin. Le gérant, dit aussi « El Profesor » par ses habitués, nous éclaircit. Ici, ils militent contre un nouveau projet d’exploitation des mines de silicium.

« Les mines, c’est vraiment une catastrophe pour l’environnement, surtout dans cette région où l’eau est précieuse », explique t’il avec conviction. »Ils utilisent des volumes d’eau importants pour nettoyer les métaux toxiques. Les conduits d’évacuation sont souvent mal étanchéisés. Les eaux polluées s’inflitrent dans les terres et dévastent toutes les zones alentours. »

« C’est ce qui est arrivé dans la vallée de Santa Maria », poursuit t’il. « dans un rayon de 30 km, plus rien ne pousse. On n’entend pas d’oiseaux, ils ne reste plus rien. A Cafayate, une mine serait une catastrophe. Alors que le tourisme est en plein boum, une mine de silicium tournerait pendant 20 ans, et, une fois épuisée, elle ne laisserait qu’un paysage détruit et contaminé. »

Et pourtant, il semble que cette volonté de lutter contre les mines ne soit pas unanime.  » Les gens ne sont simplement pas informés. Alors nous, on passe beaucoup de temps à en parler autour de nous, à informer les gens des conséquences. »

On fait moins les malins, avec nos ipods et nos appareils photos dans les poches…

Absorbé par cette discussion, « El Profesor » ne devait pas être très concentré sur le réglage de mon dérailleur, pire qu’avant ! Boris a vite pu mettre en application la leçon de mécanique du vélo toute fraîche !

Encore une histoire vache

La veille, on avait dû enlever quelques cornes de vache coupées, pour planter la tente dans un carré d’herbe, à côté de ce bâtiment reculé. Ce matin, on est à peine levés que l’abattoir s’anime : la grande porte en fer s’ouvre en grinçant, et 4 ou 5 locaux convergent vers ce lugubre hangar blanc défraîchit.

On émerge lentement dans les vapeurs du thé sucré pendant que la vache qui a passé la nuit dans l’enclot est amenée à l’intérieur. Beuglements étouffés, soufflements, piétinements de sabots… Invectives en espagnol. Bruits de chaînes des palans qu’on prépare.

Tout absorbés à engloutir notre porridge, on ne remarque pas le silence revenu.

Le temps qu’on plie la tente, et les équarrisseurs en hautes bottes de caoutchouc fument déjà leur cigarette au soleil, pendant que le dernier passe le jet à l’intérieur.

L'assado, le sport national

Bien urbains que nous sommes, on est loin de la chaîne alimentaire. Mais pour fournir ses 70kg annuels de viande à chaque argentin (et au cyclotouriste de passage), il ne faut pas traîner plus que le temps d’un petit déjeuner pour dépecer une vache entière :-)


PS: oh, ça nous a coupé l’envie de manger de la viande pendant au moins… une demi-journée !